Définition
L'EVE (Economic Value of Equity, valeur économique des fonds propres) est la valeur actuelle nette de l'ensemble des flux futurs du portefeuille bancaire sensibles aux taux : actifs, passifs et éléments de hors-bilan. Elle mesure la valeur économique des fonds propres, c'est-à-dire la valeur revenant aux actionnaires, en dehors de toute convention comptable.
Ce que suivent les banques et les superviseurs n'est pas le niveau de l'EVE, mais sa variation, notée ΔEVE : l'écart entre la valeur actuelle calculée sur la courbe de taux de référence et celle calculée sur une courbe choquée. Une ΔEVE négative signifie qu'un mouvement de taux détruit de la valeur économique.
Méthode de calcul
Le calcul suit quatre étapes :
- projeter les flux de capital et d'intérêts de chaque position du portefeuille bancaire, en tenant compte des échéances contractuelles et des hypothèses comportementales (dépôts à vue, remboursements anticipés) ;
- actualiser ces flux sur la courbe de référence, par devise ;
- actualiser les mêmes flux sur chaque courbe choquée, en appliquant le plancher de taux post-choc prévu par les textes ;
- calculer ΔEVE = valeur actuelle choquée − valeur actuelle de référence, puis agréger les devises selon les règles réglementaires.
Les instruments de fonds propres sont exclus des flux. Les options, automatiques ou comportementales, doivent être valorisées de façon cohérente avec chaque scénario.
Exigence réglementaire
Les standards du Comité de Bâle sur l'IRRBB (2016), repris dans la directive CRD et précisés par les orientations de l'EBA (EBA/GL/2022/14), imposent de mesurer l'EVE sous six scénarios de chocs prudentiels : parallèle à la hausse, parallèle à la baisse, pentification, aplatissement, hausse des taux courts, baisse des taux courts. Les amplitudes de choc sont fixées par devise.
Le test des valeurs aberrantes (outlier test) compare la baisse d'EVE la plus défavorable aux fonds propres de catégorie 1 : au-delà de 15 % du Tier 1, le superviseur peut exiger des mesures. Les résultats sont déclarés dans les états IRRBB de l'EBA (ITS) et alimentent l'ICAAP.
Difficultés pratiques
Trois points concentrent l'effort des équipes ALM :
- les hypothèses comportementales, qui pèsent fortement sur la duration du passif et doivent être documentées et justifiées ;
- l'explication des variations d'un arrêté à l'autre : effet taux, effet volume, effet temps, changements d'hypothèses, qu'il faut isoler pour le comité ;
- la volumétrie et la reproductibilité : six scénarios, plusieurs devises, plusieurs entités, à recalculer à chaque arrêté et à chaque variante.
Dans RIALTO
Cette notion est traitée dans le module IRRBB Insight Core. Le cas d'usage « Expliquer une variation entre deux arrêtés » en montre une application.
